Art in situ : l’art contemporain reprend la route des Grands Crus

Pour sa 4e édition, Art in situ revient entre Côte de Nuits et Côte de Beaune aux premiers beaux jours. Au programme, 37 œuvres de 19 artistes à découvrir librement sur 10 sites d’exposition, principalement des domaines viticoles, jusqu’à la fin de l’année. Un parcours pour cultiver le terrain fertile de l’entente évidente entre l’art et le vin, la mémoire des lieux et la création contemporaine.

©Art in situ

« De la même façon que notre spa holistique combine des technologies de pointe avec l’ancienne sagesse de la médecine ayurvédique, l’art moderne a toute sa place dans nos vieilles pierres », annonçait Jean-Claude Bernard, le propriétaire de l’hôtel Le Cep, fidèle partenaire de l’opération depuis trois éditions, qui accueillait l’inauguration du parcours Art in situ 2025 vendredi dernier.

Cette année encore, les bâtiments Renaissance de l’établissement beaunois accueilleront des œuvres contemporaines : une impression numérique sur toile de lin au mur du bar, un robot humanoïde en métal recyclé sous une galerie à colombages, un cercle en nid d’abeille posé en équilibre dans le jardinet à la française…

Une alternative sensuelle aux excès d’écran

Comme Le Cep, neuf autres sites exposeront une ou plusieurs créations : sept domaines viticoles dont deux nouveaux (Drouhin-Laroze à Gevrey-Chambertin et Hubert Lignier à Morey-Saint-Denis), ainsi que les caves Patriarche et le groupe BSA (constructeur de cuves inox, pour le vin notamment) à Beaune.

« L’association La Route des arts a pensé ce parcours in situ comme une alternative sensuelle aux excès d’écrans et de virtualisation. Année après année, l’offre évolue, fidèle à sa volonté première : créer des rencontres entre des univers, des sensibilités, des regards. De nouveaux domaines rejoignent l’aventure, conscients que l’émotion d’une œuvre résonne avec celle d’un vin, qu’une création peut raconter une autre facette d’un paysage, que l’art contemporain trouve naturellement sa place au cœur d’un territoire façonné par des siècles d’histoire et de savoir-faire », rapporte Jean-Marc Bassand, président de l’agence Millenium Events à Besançon et propriétaire d’une galerie d’art en Suisse, qui a conçu et organise l’exposition itinérante.

Une manifestation toujours axée sur le principe « gagnant-gagnant » du mécénat, les exposants étant défiscalisés à 60% sur leur investissement, avec un ticket d’entrée très abordable à 3 000 €). En échange, ils pourront accueillir, jusqu’à la fin de l’année, la ou les œuvres qu’ils auront choisies parmi celles des artistes retenus, et en faire profiter leurs visiteurs. Une plus-value certaine pour les domaines concernés, l’art et le vin étant capables d’accords transcendants quand ils sont bien mariés.

Public, artistes et mécènes, tous gagnants

Parmi ces artistes, Vincent Gild, de Semur-en-Auxois, mesure la chance qu’il a de faire partie du parcours cette année, alors que les galeries d’art se font de plus en plus rares dans la région et que la recherche de lieux d’exposition ressemble souvent à un parcours du combattant pour ce créateur obligé de travailler à temps partiel dans le Bâtiment pour boucler ses fins de mois. « J’ai découvert l’existence d’Art in situ sur la route des Grands Crus en fouinant sur internet. Quand j’ai vu qu’il y avait un appel à candidature pour l’édition 2025, j’ai tout de suite sauté sur l’occasion, d’autant qu’il n’y avait aucun frais d’inscription. Ça change des salons où il faut payer 3 000 € pour seulement quelques mètres carrés d’accrochage ! »

Vincent envoie alors des photos de dix œuvres avant d’être sélectionné, puis choisi par deux mécènes ayant eu un coup de cœur pour son expressionisme abstrait, des tableaux tout en matière et en relief qui, comme chez Pierre Soulages, font parler la lumière. Ainsi, sa « sculpture sur toile » Blanc, en résine et peinture à l’huile, dorée à la feuille, va illuminer les murs sombres de la cave du domaine Chapuis à Aloxe-Corton. Et sa Brillance bleue, trôner dans la chapelle XVIIIe siècle qui marque l’entrée des caves Patriarche Père et Fils à Beaune. Avec un public inespéré en perspective, puisque quelque 45 000 visiteurs de toutes nationalités passeront devant tout au long de l’année.

L’artiste y gagnera en visibilité, peut-être même en profitera-t-il pour vendre une de ses œuvres exposées. Le mécène quant à lui y verra un centre d’intérêt additionnel pour ses visiteurs, ainsi qu’un supplément d’âme qualitatif en termes d’image de marque. Le public enfin profitera de l’occasion, pas si fréquente, de rentrer en contact avec l’art contemporain. Bref, tout le monde sortira gagnant de cette opération exemplaire.

👉 Programme sur le site d’Art in situ