En fixant les droits de douane à 20% pour les vins européens exportés aux États-Unis, Donald Trump porte un « coup dur » aux vins de Bourgogne. « Partagée entre sidération et un certain soulagement », la filière estime à 100 millions d’euros le manque à gagner sur son premier marché à l’export. Si l’amertume reste en fin de bouche, il faut maintenant s’organiser.

Une barrière douanière à 200% pour les vins exportés vers les Etats-Unis, soit le premier marché de la Bourgogne avec 370 millions d’euros de chiffre d’affaires (lire encadré) ? La filière en faisait des cauchemars. L’administration Trump avait fait planer la menace à la mi-mars, avant d’annoncer finalement, mercredi 2 avril, l’application de droits de douane à hauteur de 20%.
Une « désolation mais aussi un certain soulagement » commente via un communiqué l’interprofession des vins de Bourgogne (BIVB), consciente d’avoir échappé au pire mais aussi de l’impact réel sur ses futures exportations « pouvant avoisiner 100 millions d’euros ».
Laurent Delaunay voit encore le verre à moitié plein. Cette décision ne devrait pas porter un coup d’arrêt brutal à l’activité bourguignonne, assure le président du BIVB. « Nous avons déjà vécu cette situation, rappelle-t-il. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait instauré, en 2019, des droits de douane de 25% sur les vins tranquilles en bouteille, dans le cadre du différend entre Boeing et Airbus. Cela avait eu un effet immédiat : nos importations avaient chuté brutalement de 15% en volume en 2020 pour une perte de chiffre d’affaires de 22% ! ».

Un appel aux partenaires américains
La Bourgogne peut aussi compter sur un socle historique d’importateurs et de clients américains. « Des partenaires historiques, devenus souvent des amis. Vignerons et négociants y ont construit des relations durables, parfois sur plusieurs générations, depuis plus de 100 ans », analyse-t-on au BIVB.
Il faudra cependant beaucoup aimer nos chardonnays – 63% des volumes bourguignons exportés chez l’Oncle Sam – et pinots noirs pour continuer à les proposer aux palais américains : « Le système d’importation de vins aux États-Unis est assez complexe, avec une distribution en trois étapes obligatoires : importateur, grossiste puis détaillant, explique Laurent Delaunay. Cela alourdit déjà la facture pour le client final. Le risque de ces taxes supplémentaires est de faire franchir une barrière psychologique au prix de nos vins. Je pense que beaucoup de producteurs vont fournir un effort pour baisser un peu les prix des vins au départ de la cave. Mais il faudra aussi que nos partenaires américains prennent leur part en réduisant un peu leurs marges pour que le prix des vins reste dans une fourchette acceptable par le consommateur. »
La filière des vins de Bourgogne redoute également l’effet récessif et ses conséquences sur le pouvoir d’achat des Américains, qui s’ajoutent à une économie mondiale directement touchée par les décisions de l’administration Trump. « Nous ne sommes sans doute qu’au début d’une forte période de turbulences qui pourrait affecter tous nos marchés », avance prudemment Laurent Delaunay, invitant également à la « désescalade » au nom de la filière.
Pas de guerre commerciale
« Il est important de ne pas entrer dans ce jeu de guerre commerciale du côté des autorités françaises et européennes. Nous les exhortons à poursuivre un dialogue ferme et exigeant avec les autorités américaines pour que la raison revienne et ne pas entrer dans une surenchère perdant-perdant. Au lieu de se lancer dans une course à l’échalote tarifaire, travaillons à un agenda de discussions positif en matière de vins et spiritueux : un accord zéro pour zéro est possible. »
La Bourgogne ne compte pas se tourner les pouces, elle entend bien « s’appuyer sur le dynamisme de ses entreprises qui exportent déjà dans plus de 170 pays ». Une partie des vins qui ne seraient pas vendus aux Etats-Unis pourra bien sûr être réorientée vers d’autres marchés, en particuliers sur les très dynamiques appellations Bourgogne blanc, Chablis et Crémant de Bourgogne.
« Mais cela va demander un investissement accru à toute la filière et prendre du temps », nuance le BIVB, qui s’appuie historiquement sur un « club des 5 » (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Japon et Belgique), alors que des pays comme la Suède frappent à la porte. De nouvelles opportunités existeraient aussi sur le marché asiatique, passé en dix ans de 3,8 à 7,2 millions de bouteilles de vins de Bourgogne importées.
En 2024, Chine, Corée du Sud, Hong Kong, Taiwan et Singapour pesaient ainsi 250 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les vins de Bourgogne. Encore assez loin du seul géant américain.
Les vins de Bourgogne aux États-Unis (chiffres 2024)
1er marché export en volume et valeur pour la Bourgogne, parmi les plus de 170 pays d’exportation.
Exportations : 20,9 millions de bouteilles (+ 15,9% / 2023) pour un chiffre d’affaires de 369,6 millions d’euros (+ 26,2% / 2023).
En volume, les vins blancs tranquilles représentent une majorité (63%), suivis par les vins rouges et rosés tranquilles (26%) et les crémants de Bourgogne (11%).
En 2024, les vins de Bourgogne représentent 12% du volume exporté des vins d’AOC français aux États-Unis, pour 17% du chiffre d’affaires.
Sources : CAVB/FDAC, CIRCANA-IRI, KANTAR, Douanes DEB&EMEBI+DAU, BIVB